Le plan de redressement économique du Sénégal, dévoilé récemment par le Premier ministre Ousmane Sonko, ne se limite pas à une gestion plus rigoureuse des dépenses publiques, mais s’appuie également sur une stratégie ambitieuse de mobilisation des ressources domestiques. Cette démarche vise à corriger les déséquilibres structurels, restaurer la confiance et relancer la dynamique économique du pays en s’appuyant sur une fiscalité élargie et adaptée aux secteurs émergents et jusque-là sous-taxés.
Sur le plan économique, le gouvernement souhaite exploiter des nouveaux axes pour renforcer ses recettes. La fiscalisation augmente des jeux de hasard, notamment les jeux en ligne qui représentent désormais 80% du secteur, chiffre parmi ces priorités. Le plan introduit également la taxation des gains des parieurs, jusque-là peu encadrée, ce qui devrait générer des recettes tout en intégrant un volet social, en protégeant les petits joueurs des risques d’addiction.
Par ailleurs, le plan met l’accent sur des secteurs porteurs, mais souvent peu fiscalisés, comme la publicité en ligne, les services numériques (incluant les plateformes de vidéo à la demande telles que Netflix), le e-commerce ainsi que les revenus des influenceurs. Ces secteurs représentent un potentiel pesant à 16 milliards de francs CFA.
Un autre pilier important concerne la fiscalité du mobile money. Le gouvernement prévoit d’engranger 130 milliards de francs CFA sur trois ans via la fiscalité des transferts et 90 milliards de francs CFA sur les transactions marchandes réalisées par cette technologie. Ceci nécessitera une coordination étroite entre les ministères des Finances et des Télécommunications pour éviter une charge excessive sur les utilisateurs tout en assurant une collecte efficace.
Le plan prévoit également une augmentation significative de la taxe sur le tabac, portée de 70% à un « plafond humain » de 100%, conjuguant objectifs fiscaux et de santé publique. Cette mesure devrait rapporter environ 1 milliard de francs CFA supplémentaires et vise à dissuader la consommation nocive tout en renforçant les recettes fiscales.
Cependant, ce plan ambitieux doit faire face à des limites et des défis significatifs. La situation économique du Sénégal reste préoccupante, avec un déficit budgétaire de 12,3% et un endettement proche de 100% du PIB, héritages d’une gestion jugée catastrophique par la nouvelle administration. La mobilisation des recettes supplémentaires doit être équilibrée pour ne pas freiner la croissance économique ni pénaliser excessivement les citoyens, un exercice délicat qui requiert une mise en œuvre rigoureuse et prudente. De plus, l’efficacité du plan dépendra de la capacité à instaurer une fiscalité juste et transparente, notamment dans les secteurs où l’économie informelle et la non-déclaration des revenus sont généralisées.
Enfin, au-delà des mesures fiscales, le plan repose sur une rationalisation des dépenses publiques et une meilleure exécution des politiques, ce qui appelle à une discipline budgétaire stricte et à une reconfiguration des partenariats économiques, tout en tenant compte des interactions complexes avec les bailleurs internationaux comme le FMI, dont le soutien reste crucial pour le financement.
En somme, le plan de redressement économique du Sénégal est une feuille de route ambitieuse qui allie rigueur budgétaire, diversification des sources de recettes et prise en compte des enjeux sociaux. Son succès dépendra de la capacité des autorités à équilibrer l’ambition fiscale, le contrôle des dépenses et la protection sociale dans un contexte économique et financier contraint.
Mame Malick Ciss